Dernière parution : Alerte info Covid-19 remboursement des échangeurs de chaleur et d’humidité
Le larynx artificiel

Le larynx artificiel

Buts: 

  • Remplacer le larynx lors de son retrait complet (pendant la laryngectomie)
  • Retrouver les fonctions pharyngo-laryngées : phonation (parole), déglutition et respiration (sans le « trou »)
  • Cette prothèse existe (INTegral artificial larynx). Elle a été développée par l’entreprise française Protip Médical.

Le dispositif est constitué

  • d’une prothèse trachéale permanente en titane ( titanium tracheal ring) avec une extrémité distale poreuse (porous titanium) pour améliorer l’intégration aux tissus mous,
  • d’un capuchon mobile en titane (titanium cap) qui reproduit la fonction de l’épiglotte.

La prothèse permet au patient de respirer et de boire :

Il s’ouvre lors de la ventilation et protège les voies respiratoires contre l’inhalation lors de la déglutition.

Lorsque le patient tousse, le clapet peut s’ouvrir de façon transitoire pour permettre l’expulsion des sécrétions broncho-pulmonaires.

L’état de l’art

– 1ère implantation en France en 2012 par Christian Debry, chercheur à l’Unité Inserm 1121 “Biomatériaux et Bioingénierie” et chef du service ORL et chirurgie cervico-faciale au CHU de Strasbourg Hautepierre

– 6 patients implantés depuis 2012, n’ont pu conserver leur larynx artificiel.

– 1 patient implanté en juin 2015 avait encore sa encore sa prothèse en janvier 2017 (16 mois après l’implantation)

Quelle a été la procédure ? Quels ont été les résultats ?

– Phase 1 : la prothèse trachéale permanente a été implantée avec un bouchon fermé temporairement lors de la laryngectomie.

Le patient a repris une alimentation orale 3 semaines après la chirurgie, et a ensuite reçu une radiothérapie programmée.

– Phase 2 (M+4) : le capuchon temporaire a été retiré et remplacé par un capuchon mobile.

Le patient parle par chuchotement .

(score de 28/120 sur l’indice de handicap vocal : les scores les plus élevés indiquant une altération plus sévère)

Il continue à utiliser une canule de trachéotomie fenêtrée, bien qu’il ait été capable de l’obturer pendant 6 heures ou plus par jour, pour respirer sans dyspnée (essoufflement), ni inhalation symptomatique (fausses routes) de la salive.

L’imagerie en vidéofluoroscopie montre le fonctionnement de la prothèse lors de la déglutition.

Des fausses routes infracliniques (sans symptôme) sont parfois observées.

– Au cours de la période de suivi :

Pas de sténose au niveau de l’anastomose trachéo-prothétique,

La canule de trachéotomie a pu être fermée à volonté,

Le patient pouvait respirer et expectorer à travers les voies respiratoires supérieures et maintenir une saturation adéquate de l’hémoglobine en oxygène dans le sang artériel, en respirant en air ambiant.

En outre, il était capable d’avaler la salive le jour et la nuit, bien qu’une inhalation occasionnelle de nourriture se produise.

L’olfaction du patient est normale.

Quelques doutes subsistent sur l’efficacité à long terme de l’implant :

– Risque de blocage du clapet à cause du mucus et des sécrétions pulmonaires et nasales qui pourrait se dessécher

– Contamination microbienne qui nécessite le développement de films antimicrobiens intégrés à la prothèse

– Risque de « rejet », particulièrement chez les patients qui ont subi une radiothérapie +/-chimiothérapie sur le cou.

Avis de l’auteur (Dr. Bizeau)

Le but essentiel de l’implant est

  • d’éviter le « trou »,
  • d’avoir une voix de qualité,
  • sans fausse route à la salive, à fortiori lors de la boisson et de la déglutition

Il doit être garanti à vie pour le tube trachéal,

moins pour les parties amovibles dont on peut imaginer qu’il existe (ou existera) des possibilités de remplacement (usure mécanique, contamination microbienne (cf. prothèse phonatoire)), par une simple laryngoscopie en suspension.

La laryngectomie totale répond déjà à plusieurs de ces buts :

  • voix de qualité après rééducation, si nécessaire avec prothèse trachéo-oesophagienne,
  • absence absolue de risque de fausse route,
  • garantie à vie.                                                                                                       Le problème est celui du « trou »

En l’état actuel, la prothèse totale du larynx après laryngectomie pour cancer, reste du domaine de la recherche clinique (inclusion dans des essais de patients sélectionnés).

La voix n’est pas optimale (voix chuchotée) et ne peut être comparée en qualité à celle de la voix oesophagienne,

Le patient garde une trachéotomie de sécurité,

– Il existe des fausses routes radiologiques,

N’oublions pas que les 6 premiers patients on été explantés

Donc la LARYNGECTOMIE TOTALE GARDE TOUTE SA PLACE dans la prise en charge

  • des cancers localement avancés du larynx qui ne peuvent être traités par radio-chimiothérapie
  • ou qui récidivent après radio-chimiothérapie
  • ou surviennent sur des tissus précédemment irradiés pour un autre cancer de la gorge

L’avenir nous dira si les évolutions sur la prothèse laryngée aboutiront à un système plus performant et qui pourra être généralisé … mais l’étude de la littérature (recherche PUBMED en aôut 2018 ne montre aucun article publié depuis janvier 2017)

Une interview de 2015 du Pr. DEBRY sur le larynx artificiel